La grande vie

Où l’on apprend que, la beauté du monde se trouve dans le quotidien. Christian Bobin est un auteur controversé ou encensé. Certains critiques vont jusqu’à dire que ces textes sont de la poésie « fragile ». Et pourtant, c’est un écrivain sensible à aux vertus des choses simples de la nature.

« Ce qui manque au monde, ce n’est pas l’argent. Ce n’est même pas ce que l’on appelle « le sens ». Ce qui manque à ce monde c’est la rivière des yeux d’enfants, la gaieté des écureuils et des anges ». Christian Bobin

« Christian Bobin, écrivain et poète français, écrit sur des choses simples, des choses sur lesquelles on ne s’arrête pas. Il s’interroge sur l’ordinaire, sur des questions triviales et futiles afin de faire resurgir une « poétique » du quotidien. A travers des descriptions de ce qu’on ne voit jamais à travers des bruits de fond, Bobin tente de saisir ce qui pose problème, l’instant où le quotidien devient irréel ».

Avec lui, la gaieté naît du minuscule et de l’imprévisible. Son écriture entend nous délivrer de la tyrannie du visible et s’échine à déchirer le voile de maya afin de nous faire basculer dans la contemplation de l’invisible. Ses phrases peuvent paraître abstraites, verbeuses ou encore inconséquentes pourtant, elles peuvent parfois produire un miracle. Comme il l’affirme si souvent : « La poésie ne se dépose pas seulement dans les livres. Parfois, elle passe sans faire de bruit, comme l’ange du quotidien que personne ne voit ».
source : Pierre Poligone Zone critique

Biographie

« Christian Bobin est un écrivain, poète, moraliste et diariste français né le 24 avril 1951 au Creusot en Saône-et-Loire. Il est l’auteur d’une oeuvre fragmentaire où la foi chrétienne tient une grande place, mais avec une approche distanciée de la liturgie et du clergé. Après avoir étudié la philosophie, il a travaillé pour la bibliothèque municipale d’Autun, à l’Écomusée du Creusot et a été rédacteur à la revue Milieux ; il a également été élève infirmier en psychiatrie. Ses premiers textes se situent entre l’essai et la poésie. Son style tend vers le fragment, avec une écriture concentrée faite de petits tableaux représentatifs d’un moment. Ses ouvrages tiennent à la fois ou séparément du roman, du journal et de la poésie en prose. Il connaît un certain succès à partir notamment d’Une petite robe de fête (1991), mais reste un auteur discret, préférant rester éloigné des milieux littéraires. En 1992, il rencontre un autre succès grâce à un livre consacré à saint François d’Assise : Le Très-Bas, Prix des Deux Magots en 1993 et Grand prix catholique de littérature. Il publie en 1996 La Plus que vive, hommage rendu à son amie Ghislaine, morte à 44 ans d’une rupture d’anévrisme. Il a également écrit les préfaces et postfaces de plusieurs ouvrages, notamment un livre de Maximine, L’ombre la neige (Éditions Arfuyen, 1991) ainsi que deux livres de Patrick Renou : Sorianoda (Éditions de l’Envol, 1992) et Tu m’entends ? (Éditions Deyrolle, 1994, rééd. Verdier) et Devance tous les adieux, de Ivy Edelstein (Editions Points, 2015). En 2016, il reçoit le Prix d’Académie pour l’ensemble de son oeuvre. Il tient une chronique intitulée Regard poétique dans le magazine mensuel Le Monde des religions« . source : Editions La Loupe

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Essai sur l’exotisme

 » Paul Gauguin – Upaupa (Tahitian Dance), 1891

Où l’on apprend qu’à sa mort, en 1919, l’énigmatique Victor Segalen n’avait publié que trois ouvrages « Les Immémoriaux, Stèles et Peintures« . Déjà ceux-ci annonçaient la puissance d’une œuvre qui, paradoxalement, restait à venir.

Les Immémoriaux

Victor Segalen avait beaucoup écrit pendant sa brève existence de quarante années, aussi cet « Essai sur l’exotisme » fait partie d’un ensemble posthume désormais accessible.

En effet, très tôt Segalen avait formé le projet de réévaluer la notion d’exotisme.

Il voulait lui redonner une authenticité, une plénitude, qui lui avaient été confisquées par la mode littéraire issue de Bernardin de Saint-Pierre.

Pour lui, l’exotisme, c’est d’abord une catégorie de la sensibilité qui permet de « percevoir le divers ». En conséquence, pour lui, l’exotisme, c’est l’art, subtil, d’accéder à l’autre. Cependant, au début de ce siècle, à l’heure de l’universalisme colonial, rien n’est moins « politiquement correct » que de tels propos. C’est ainsi, qu’aujourd’hui, ce texte a conservé toute sa force et son audace. Aussi, servi par une prose incroyablement fraîche, il reste comme le souhaitait son auteur, un irremplaçable « bréviaire de la différence » qui vaut plus, et mieux, que bien des traités d’ethnologie. »

Victor Segalen, né à Brest le 14 janvier 1878, mort le 21 mai 1919 à Huelgoat, est un poète, et aussi médecin de marine, ethnographe et un archéologue français.

Au début, Victor Segalen suit des études de médecine à l’École du service de santé des armées de Bordeaux. Puis il est affecté en Polynésie française. Cependant, il n’aime pas la mer, ni naviguer mais débarquer et découvrir. Pourtant, il séjourne à Tahiti en 1903 et 1904. C’est ainsi, lors d’une escale aux îles Marquises, qu’il a l’occasion d’acheter les derniers croquis de Paul Gauguin. Celui-ci est décédé trois mois avant son arrivée,. Sans lui les croquis seraient partis au rebut. Il rapporte en métropole un roman, « les Immémoriaux » (1907). Mais aussi un journal et des essais sur Gauguin et Rimbaud publiés en 1978.

Puis, en 1908 il part en Chine où il soigne les victimes de l’épidémie de peste de Mandchourie. En 1910, il décide de s’installer en Chine avec sa femme et son fils. La première édition de « Stèles » a lieu à Pékin en 1912. En 1914, il entreprend une mission archéologique consacrée aux monuments funéraires de la dynastie des Han. Cette étude sur les sculptures chinoises est publiée qu’en 1972 (Grande Statuaire chinoise). À ce titre, d’un point de vue littéraire, il renouvelle le genre de l’exotisme alors encore trop naïf et ethnocentrique.

En Chine, il rencontre un des rares Européens qui s’y trouvent alors. C’est ainsi que le sinologue belge Charles Michel le marque beaucoup et lui inspire le personnage de René Leys.

Finalement, il meurt le 21 mai 1919 dans la forêt de Huelgoat un exemplaire de Hamlet à la main.

Après coup, l’État français a inscrit son nom sur les murs du Panthéon en tant qu’écrivain mort pour la France pendant la guerre de 1914-1918.

Le nom de Victor Segalen a été adopté par une des universités de Bordeaux, celle où il fit ses études, mais aussi par la faculté de Lettres et Sciences sociales de Brest, sa ville natale, et par le Lycée français international de Hong Kong.

Faculté Ségalen de Brest

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L’amant de Patagonie

Où l’on apprend que les indiens Onas, Yagans, Yamanas, Alakuf et Tehuelche vivaient en petit nombre dans des terres isolées et austères ou dans les myriades d’îles situées au bout du continent sud-américain. Leur isolement a causé leur perte.

Les Indiens du bout du monde en Patagonie

Les relations avec les Blancs n’ont jamais été bonnes. Ils furent physiquement éliminés là où ils gênaient les intérêts coloniaux et économiques. En brûlant des milliers d’hectares de forêts, les propriétaires terriens, venus des quatre coins de l’Europe : Écosse, France, Espagne et Pays basque, Allemagne, France, Angleterre, Roumanie,les avaient déjà condamnés à disparaître, à les exterminer un par un. Et cela parfois de façon horrible. Leur sport préféré, le tir au « pigeon gelé « , consistait à faire monter une famille entière d’Indiens sur un morceau d’iceberg. Ils visaient au fusil, d’abord les jambes, puis les bras, et ils échangeaient des paris sur le dernier à se noyer ou à mourir de froid.

C’est dans cet univers tragique, qu’Isabelle Autissier a écrit son roman

Résumé :

1880, Ouchouaya, en Patagonie.

Orpheline farouche, Emily l’Ecossaise a 16 ans. En cette période d’évangélisation du Nouveau Monde, Emily est envoyée en Patagonie en tant que « gouvernante » des enfants du Révérend. Elle qui ne sait rien de la vie découvre à la fois la beauté sauvage de la nature, les saisons de froid intense et de soleil lumineux, toute l’âpre splendeur des peuples de l’eau et des peuples de la forêt. La si jolie jeune fille, encore innocente, découvre aussi l’amour avec Aneki, un autochtone Yamana. Alors, sa vie bascule. Réprouvée, en marge des codes et des lois de la civilisation blanche, Emily fugue, rejoint Aneki et croit vivre une passion de femme libre. Jusqu’au drame.

De la colonisation des terres patagonnes à la mort des croyances ancestrales, des affrontements sanglants entre tribus au charme du dépaysement, le roman d’Isabelle Autissier puise à la fois aux sources du réel et de la fiction : qui connaît mieux que la navigatrice les mers du Grand Sud et leurs histoires ? Mais il fallait le talent de la romancière pour incarner ces amants de Patagonie.

Isabelle Autissier

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Sur les chemins noirs

Où l’on apprend, qu’après son grave accident, Sylvain Tesson est parti vagabonder par les chemins cachés, de la ligne de crête du Mercantour près de l’Italie jusqu’à la pointe du Cotentin. « Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l’aménagement qui est la pollution du mystère. »

Résumé : Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.
Sylvain Tesson.

Editions GALLIMARD

sources photos © Tesson-Gallimard

Sabiduria l’île de la sagesse

Où l’on découvre qu’il existe toujours un espace de vie où le bonheur est possible.

En 1516, l’humaniste anglais Thomas More écrit son ouvrage majeur « Utopie ». Ce mot signifie pour lui « Nulle part » ou « Lieu de bonheur ». Il avait imaginé l’’île d’Utopie comme une contre-image positive de ce que pourrait être l’Angleterre, si elle était mieux gouvernée, à cette époque. Il indique la voie du « Bien commun », en critiquant le pouvoir, l’inégalité des richesses et l’intolérance religieuse, et en faisant l’éloge de la sagesse.

AU XIXème siècle, Pierre-Joseph Proudhon développe sa pensée du « mutuellisme et de l’organisation coopérative » : « les relations économiques doivent être les plus égales possibles ». Il faut « lutter contre le pouvoir oppresseur et démoralisant du capital en l’évinçant de la vie sociale et économique » .

Souvenons-nous de ses deux célèbres phrases : « la propriété, c’est le vol » « l’anarchie c’est l’ordre ».

Aujourd’hui, l’homme de ce récit ne trouve pas le bonheur dans la société où il vit. Son mal-être le marginalise.

Alors, il trouve refuge dans la contemplation de la nature. La mer et son horizon le transportent vers une île ou la sagesse habitent les hommes.

Une île ou chacune et chacun vivent unis, en paix, sans religion, sans possession, ou l’homme n’est pas considéré comme la menace principale de l’avenir de la planète.

Le miracle va-t-il s’accomplir ?

sources infographiques © Philippe Le Briquir